Policières et syndicalistes : le parcours de trois pionnières

Pour la Journée internationale des droits des femmes, l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ) souhaite souligner le parcours de ses trois directrices syndicales. Les femmes jouent un rôle de plus en plus important dans la police, représentant maintenant 28,2 % des effectifs de la Sûreté du Québec. Depuis quelques années, cela se traduit également par davantage de responsabilités syndicales. Découvrez le parcours inspirant de Cathy Richard, Annie Desjardins et Isabelle Lavallée.

S’engager pour la communauté : la motivation derrière une carrière dans la police

Les trois directrices syndicales ont un point en commun: leur désir d’aider autrui. Cet intérêt pour la relation d’aide les a amenées à choisir une carrière policière. Alors que certaines ont été témoin d’événements décisifs, d’autres ont vu en la police un moyen d’exploiter leurs forces et leur désir de protéger la communauté.

Cathy Richard, directrice du district du Bas-Saint-Laurent, raconte qu’adolescente, elle a assisté à un événement qui a orienté son choix de carrière. « C’était une bagarre. J’ai vu les policiers intervenir et à partir de ce moment-là, je me suis dit ‘c’est ce que je veux faire’. » Pour elle, il n’y avait aucun doute qu’elle deviendrait policière. « Au cégep, il fallait inscrire trois choix de programmes, et j’ai inscrit ‘techniques policières’ pour les trois. On m’a dit que cela ne se faisait pas, mais puisque j’étais très déterminée à faire ce métier, je l’ai fait quand même! »

Chacune des trois policières a entamé sa carrière comme patrouilleuse. Par la suite, leurs parcours se sont singularisés. Par exemple, Isabelle Lavallée, directrice du district Québec Nord-Est, a été la première femme promue au grade de sergente spécialiste à la cybercriminalité en 2009 et Cathy Richard a longtemps été sergente enquêteuse.

Annie Desjardins, qui a occupé le poste de déléguée syndicale pendant neuf ans avant de devenir directrice du district Montérégie Ouest en 2024, affirme que tout est une question de personnalité. Elle s’est lancée dans le rôle de déléguée, car ses collègues l’encourageaient à poser sa candidature. « Les gens avaient tendance à se référer à moi pour toutes leurs questions sur le contrat de travail. En même temps, j’avais une bonne relation avec les dirigeants du poste. » Ses aptitudes en relation d’aide faisaient donc d’elle une bonne candidate pour soutenir ses collègues.

L’évolution de la place des femmes dans la police : entre défis et progrès

Les années 2000 ont marqué un tournant dans l’intégration des femmes dans la police, avec des cohortes d’étudiantes plus nombreuses et une reconnaissance croissante sur le terrain. Annie se rappelle d’ailleurs avoir fait partie des premières cohortes majoritairement féminines, tant sur les bancs d’école qu’au poste.

Toutefois, malgré une égalité sur le terrain, les femmes sont toujours peu nombreuses dans les postes de direction, notamment dans les instances syndicales et décisionnelles. En tant que policières et directrices syndicales, Cathy et Isabelle ont brisé des plafonds de verre. En 2020, elles ont été les toutes premières femmes à occuper le poste de directrice syndicale. Avec Annie, élue en 2024, elles sont maintenant trois femmes sur un total de 14 directeurs et directrices au sein du Conseil de direction de l’APPQ.

Pendant son premier mandat à la direction, Isabelle a fait partie de l’équipe des négociations du contrat de travail du comité paritaire et conjoint. « J’ai été la première femme du côté syndical, et mon approche axée sur la communication était appréciée. »

Cathy Richard, quant à elle, a été sur le comité des femmes leaders avant d’intégrer la direction syndicale. Il s’agit d’un groupe de femmes pressenties pour leurs capacités de gestion. Maintenant superviseure de relève, elle se décrit comme une personne très proactive. « Même pendant mes trois grossesses, j’ai supervisé une équipe qui s’occupait des policiers dans les écoles, pour ensuite revenir à mon poste aux enquêtes. »

Occuper un poste de direction, ça s’apprend!

À l’intention des jeunes femmes qui hésitent à rejoindre les forces de l’ordre, les trois policières délivrent un message clair: ne pas se laisser freiner par les défis. Le milieu policier accueille chaleureusement les nouvelles recrues, et les femmes qui y évoluent peuvent compter sur le soutien de leurs pairs pour surmonter les obstacles.

Isabelle explique qu’initialement, elle avait des réticences, mais que l’apprentissage s’est bien déroulé: « Au début, avant de devenir déléguée, je me disais que je ne connaissais pas assez le contrat de travail, par exemple. Mais c’est en le faisant qu’on développe des manières de travailler et qu’on apprend. »

Annie souligne par ailleurs que son directeur du moment, ainsi que Cathy et Isabelle, lui ont servi de modèles positifs au moment de poser sa candidature. « J’ai aussi eu des encouragements des gens autour de moi, qui avaient confiance que je pouvais faire un bon travail. » Forte de ce soutien, elle s’est lancée à son tour.

Les directrices, des vecteurs de changement

Depuis qu’elles ont intégré leurs fonctions de directrice syndicale, Cathy et Isabelle sont témoins des ajustements progressifs de la culture professionnelle, notamment en ce qui concerne la conciliation travail-famille.

« Quand j’ai commencé sur le comité de négociation, ma fille avait seulement deux ans », explique Isabelle, qui est maman solo. « Ça implique beaucoup de déplacements. Il a fallu que je m’entoure d’un bon réseau de gardiennes pour être présente autant au travail qu’auprès d’elle, car aux négociations, nous ne contrôlons pas notre horaire. » Elle souligne que malgré qu’elle ne puisse pas toujours être physiquement présente aussi souvent que ses collègues, elle réussit très bien à mener à terme ses tâches, notamment grâce au télétravail.

Cathy explique que le changement de culture peut être bénéfique pour de nombreux policiers et policières, notamment les personnes qui vivent à plusieurs centaines de kilomètres des centres urbains où les réunions ont habituellement lieu. « Sur le plan de la conciliation travail-famille, en tant que mère de trois enfants, j’ai bien senti les impacts de ce poste qui nous amène à être souvent parties à l’extérieur. Alors nous avons montré qu’on peut être présentes par Teams, que ce soit pour une raison familiale ou de distance géographique. On oublie parfois les gens des régions à cause de la distance, mais il faut savoir que nous avons toutes les compétences nécessaires nous aussi. »

L’engagement de Cathy Richard, Annie Desjardins et Isabelle Lavallée illustre non seulement leur détermination à servir la communauté à travers leurs rôles de policières, mais également à transformer les structures syndicales en y intégrant leurs perspectives. Leur parcours démontre que, malgré les défis inhérents au rôle syndical, il est possible de briser des plafonds de verre et d’influencer positivement l’évolution de la culture professionnelle.

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